vendredi 13 avril 2012

Le jeu vidéo, 10ème art et puis c'est tout!

Qui n'a jamais vu dans son livre d'histoire La Liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix? Et qui ne connait pas Les Misérables[1] et le très célèbre personnage de Gavroche?

Bah! De la culture... Bah! Des cours... Et oui, ça n'a pas l'air très intéressant tout ça, et pourtant, en jouant à Fable III, je me suis rendue compte que tout ce dont je parle à mes élèves, pouvait peut-être ne pas rester lettre morte... j’ai donc décidé de ne pas me contenter de prêcher la bonne parole dans mes classes, mais d’enfin réellement étudier la chose avec mes loulous, dans une vraie séquence construite autour de tout cela. Je n’ai pas été déçue par le résultat et cette séquence a eu un vrai succès auprès de mes classes de 4ème.



Je suis une militante fervente pour que les jeux soient enfin reconnus comme un art à part entière. Dans mon esprit machiavélique, j'ai fondé le projet depuis 2010, lors de mes premières prises de responsabilités devant des classes, de faire de mes pauvres élèves des mini-moi tout aussi barrés. Dans une attitude hautement prosélyte, je leur démontre à chaque fois par A+B que, tout comme dans les autres arts, on peut se retrouver face à des bouses innommables et sans intérêts et rencontrer par ailleurs ce qu'il y a de plus beau sur terre. Le jeu vidéo lui aussi donne à voir ce qu'il y a de pire, comme ce qu'il y a de meilleur. Pourquoi sanctionner les meilleurs jeux vidéo pour les erreurs de navets qui n'auraient peut-être pas dû voir le jour? Lorsqu'on écoute Lorie chanter "Je serai" (ta meilleure amie) on ne se dit pas que la musique n'est pas un art, lorsqu'on regarde Giant octopus vs Méga shark (culture "blockbuster SyFy"[2] quand tu nous tiens, mais qu'on ne s'y trompe pas, je suis fan de cette chaîne) on ne décide pas de reléguer le cinéma au placard et lui ôter toute valeur artistique. Il est vrai que face à certains collègues de la vieille école[3], je passe pour une frappée qui ferait mieux d'aller apprendre le métier de l'enseignement, mais dans la réalité, les choses sont toutes autres.



En effet, si on y regarde d'un peu plus près, le jeu vidéo est déjà un objet culturel qui fait appel à des gens cultivés et qui, comme dans toutes productions visuelles et artistiques, fait appel au patrimoine commun (cela mériterait d'être développé pour argumenter le propos, mais on verra tout cela une fois prochaine[4]) et qui s’adresse à des gens cultivés et intelligents[5]. De plus, c'est un champ, au sens bourdieusien du terme, qui est entré depuis déjà quelque temps dans le cercle très fermé de la recherche universitaire. Ainsi, à l'Université de Montréal, les "Études du jeu vidéo" est un programme qui propose une formation de base sur l'histoire, la théorie et la critique du jeu vidéo ( pour plus d'info, allez voir ), et des ouvrages tels que Les jeux vidéos comme objet de recherche édité avec le soutien du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (si c'est pas une preuve ça) sous la direction de Samuel Rufat et Hovig Ter Minassian et La philosophie des jeux vidéos de Mathieu Triclot ne laissent plus aucun doute à l'idée que le jeu vidéo est un objet digne d'être étudié sérieusement. D'ailleurs, c'est un sujet qui a pu être abordé dans "Le Débat"[6], un magazine fichtrement bien, sur la chaîne Gameone.



Lorsque j’entends ma chère maman ou mon adorable grand-mère me dire que mon compagnon et moi devrions arrêter de jouer à la console (et pourtant, mes concours, mon travail, mes études et mes activités de scribouillarde sans intérêt ne me laissent pas trop le temps de jouer…) parce que c’est une chose inutile et pour les enfants, mon sang ne fait qu’un tour et, généralement, cela se termine en jolie engueulade[7]. C’est une idée reçue qui a la vie dure et pourtant, les liens avec les arts, la bande dessinée, la littérature classique, l’histoire et la philosophie sont indéniables.



Je leur tiens toujours le même discours (quand même, mon métier c’est de jouer le perroquet alors pourquoi râler me direz-vous? “Une phrase commence toujours par une majuscule et se term…” désolée, c’est l’effet kiss cool de l’enseignant “perroquetisant”) Le système antédiluvien[8] des muses  et la manie classifiante aristotélicienne ne s’est jamais éteinte et aujourd’hui encore, on continue à vouloir classer, voire hiérarchiser les arts. Le système de  classification que l’on utilise de nos jours_ 1er art, 2ème art, 7ème art… est celui hérité des travaux d’Hegel. On a oublié depuis bien longtemps la classification bipartite du trivium/quadrivium du Moyen-âge que l’on jugerait bien archaïque et inadéquat avec la production actuelle, et pourtant, on ne s’émeut pas plus que cela du fait que la classification hégélienne, bien que réactualisée au fil des années, ne tienne pas compte des évolutions technologiques.

En effet, lorsque Hegel décida de classer les différents arts au 19e siècle, il fallut immédiatement rajouter les arts du spectacle… Lorsque la photographie est apparue, des auteurs (que j’admire au demeurant) se sont insurgés contre cette chose qui n’était pas un art. Il suffit de se replonger dans le chapitre II du Salon de 1859 de Baudelaire pour mesurer les difficultés de cet art à ses débuts. Il en a été de même pour le cinéma, la radio, la télévision et les romans graphiques (bande dessinée, comics, manga).

Pourquoi militer pour que ce soit le jeu vidéo et les autres créations numériques (l’art contemporain aussi utilise les nouvelles technologies)[11] ? On remarque que les arts aiment dialoguer entre eux et les liens entre la poésie, la danse, la peinture (et toutes les combinaisons entre ces disciplines que l’on peut imaginer), toutes ses collaborations artistiques ont pu donner naissance à de grands chefs-d'œuvre[12], La prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France de Cendrars et Delauney , l’Après midi d’un faune de Nijinski, avec les décors de Baskt sur la musique de Debussy, les ballets de Théophile Gautier, etc… Aujourd’hui ce dialogue se noue aussi entre le jeu vidéo et les autres arts comme la BD (d’ailleurs, là encore un « Débat » de Gameone à abordé le sujet), la « grande » littérature comme Dante’s Inferno, Fable III (et qu’on ne s’y trompe pas, ce ne sont pas les seuls), ou les arts en général comme Assassin’s creed (oui, je suis une grande fan de ce jeu…).

Je continuerai donc à râler et m’époumoner devant ceux qui rejettent par principe cette idée sur laquelle je viens de m’étaler et je continuerai à inclure dans mes classes et mes objets d’études toutes les formes de production artistique, y compris les jeux vidéos, qui s’offrent à moi.



Cela faisait bien longtemps que j’étais restée inactive sur le net, mais je vais m’y remettre et il se peut, si le cœur et le courage ne me manquent pas, que je continue mon blabla sur les jeux vidéo dans d’autres posts.



[1] Et pour les boulets qui connaissent vraiment pas… c’est Victor Hugo l’auteur…
[2] Mon cher et tendre est fan de ce genre de film dont la principale caractéristique est d’avoir un budget de 2 euros pour les effets spéciaux et 3 euros et des poussières pour le scenario…
[3] Vieille école… souvent synonyme de coincé du c***. Si l’amalgame est rapide et facile, on remarque aisément que la personne peu souple de l’arrière-train s’en réclame souvent en ajoutant toujours « De mon temps... C’était mieux ».
[4] Si la fin du monde annoncée en décembre 2012 n’est pas avancée au 22 avril prochain…
[5] Non, le geek n’est pas un bulot qui n’a aucune culture, c’est juste une personne passionnée, que l’on ne comprend peut-être pas toujours. D’ailleurs, prochainement, je ferais un petit billet sur geek, un personnage déjà à la mode au XIXème siècle… Et si vous ne me croyez pas, vous n’aurez qu’à me lire…
[6] J’adore cette chaîne et je suis vraiment fan de Marcus, mon rêve, si vous voulez le réaliser, m’emmener à la Japan Expo et me permettre de le rencontrer en personne… Fan de Marcus et fière de l’être !
[7] Eh oui, je suis une vieille fille qui a encore des prises de bec d’adolescente rebelle avec sa môman…
[8] C'est-à-dire pas le temps où ta grand-mère était pas encore frippée, mais un temps très reculé dans l’histoire, mais vraiment très très reculé… ta grand-mère était pas née elle était même pas dans les cou*** de son père…
[11] J’adore me poser à moi-même des questions pertinentes comme celle-ci.
[12] Je dis bien chef-d'œuvre et pas hors-d'œuvre… parce que si les gastronomes veulent piquer la place du jeu vidéo au rang de la classification des arts, les arts jusqu’à preuve du contraire ne donnent pas la gastroentérite quand c’est foiré… Et même quand c’est nul à chi***, c’est juste une expression. Et je dis m*** aux fans de cooking mama…
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